On est dans la merde

L’histoire se répète.

Le problème de la France et des Français est qu’on attend toujours de toucher le fond pour se dire “maintenant, il faut réagir”. Aller, j’ose : alors qu’en cette fin mai pluvieuse, les uns fêtent non sans une étincelle dans les yeux les 40 ans d’une révolution sociale appartenant presque à la préhistoire tant les choses ont changé aujourd’hui, leurs enfants (dont moi) se rendent compte d’une chose : on est dans la merde….

On est dans la merde car d’un point de vue purement culturel, l’heure est aussi à la globalisation. Les majors du disque telles des Robert Parker de la musique uniformisent le goût des gens et tout a la même saveur…

On est dans la merde car pour s’en sortir ces même majors imposent aux médias, les radios en 1er lieu, leurs playlists qui ne correspondent plus à rien si ce n’est à un maelström indigeste, une bouillasse sonore qui leur garantit des revenus mensuels de plus en plus sporadiques.

On est dans la merde car les défricheurs de talents qu’étaient les fanzines et autres magazines musicaux suivent la tendance et pour vendre toujours plus de numéros se font les relais de ces même maisons de disque (et ne me parlez pas des blogs !).

On est dans la merde car en bout de chaîne, le consommateur (que nous sommes tous) est de moins en moins exigeant, sort de moins en moins souvent et lorsqu’ils se bougent enfin le c**, il va là où tout le monde va, danse quand les autres dansent et rentre chez lui avec le dernier métro.

Et là, tu dois te dire “Mais où veux-tu en venir, mec ?!”.

Alors que le Rex fête ses 20 ans, j’apprends ce matin qu’à quelques encablures de ce qui est le dernier club décent de PARIS (de FRANCE ?), le Paris Paris vit ses dernières heures. Je ne suis pas un ami personnel de Marco Dos Santos, je ne le connais même pas (et dieu sait que j’ai pu critiquer la prog du lieu), mais si les clubs ferment les uns après les autres, si l’offre de sortie culturelle (oui, un club est bien un lieu de sortie culturelle) se réduit à une peau de chagrin (et ne viens pas me parler du Social Club, il ne doit sa création qu’au décès du Tryptique), c’est ce même phénomène de concentration qu’on observe dans le monde de l’entreprise qui va se dupliquer à celui de la nuit. Il ne restera plus que des grandes surfaces de la nuit, des dancefloor de supermarchés, des centres commerciaux sonorisés.

Et de laisser le mot de la fin à MDS:

“PARIS, LA PLUS BELLE VILLE DU MONDE.
PARIS, UN SUPERBE POULET BIEN DORE LABEL ROUGE MAIS BIENTÔT SANS ABATS ET SANS ORGANES.

JE VOUS LAISSE, C’EST L’HEURE DE LA STAR AC’.”

Finalement, histoire de faire réagir tout le monde, c’est Xavier et Gaspard qui ont eu raison : Stress


Advertisements

14 Responses to “On est dans la merde”

  1. Amazone Says:

    je ne comprends toujours pas pourquoi le paris paris est fermé…

  2. San1080 (from Play Five) Says:

    Franchement c’est pas une grosse perte.

  3. Phantomas Says:

    > amazone : ça n’allait plus bien du tout depuis longtemps, Marco veut ouvrir un nouveau truc, la DA se casser, bref… ça reviendra, ils nous avaient déjà fait le coup de la fermeture l’année dernière. Mais la “fermeture” du PP n’est qu’un prétexte pour dénoncer l’asphyxie du monde de la nuit parisienne qui tourne en rond et ne se remet pas assez en question

    > sane : t’es dur avec le PP, mec. Mais comme dit précédemment, ce n’est pas le message essentiel de ce post…

  4. Boucherie Electronique Says:

    Je suis pas vraiment d’accord, en ce moment on a de tout à Paris. Les fluokids et nu raveux sont régulièrement bien servis, que ce soit par le social club, we love art, panik ou encore la fleche d’or. Le Rex propose de la techno de qualité et le collectif Technopol invite Derrick May et Kevin Saunderson à la techno parade. Webecome organise de chouettes soirées, notamment les fameuses De La House, qui amènent un peu de groove sur les dancefloors parisiens. Le Batofar est toujours aussi minimal, et il y en a qui aiment ça. Le Djoon propose des line up en or chaque week end pour qui aime la Deep House. Le Red Light et le Mix Club assouvissent les désirs de la masse clubbing dite electro house, et pour ceux qui en redemandent madame Guetta organise une orgie populaire au stade de France.
    Pour ce qui est de la radio, je jette un coup d’oeil à tes interviews Dailymotion, et les artistes auxquels tu t’es intéressé y passent régulièrement, sans parler de Radio Nova, qui se démerde chaque jour pour proposer une prog de qualité.
    Alors moi je ne vois pas ou est le problème, chaque Week End il y en a pour tous les gouts, la seule chose qui manque c’est LE club. Et ce n’est certainement pas le Paris Paris qui cultive avec passion un gout pour la hype qui le rend interdit à un grand nombre d’entre nous. LE Club c’est un truc énorme, où tout le monde vient pour la musique, ou l’ambiance est bonne, ou il y a de tout, et les artistes sont bons. Pour moi ce club existait et il s’appelait le 287, et je pense qu’aujourd’hui c’est lui qui manque le plus à Paris. Avec le Pulp

  5. Phantomas Says:

    Merci de ta contrib’ au débat Maxime… mais encore une fois, que le PP ferme ou pas à la rigueur on s’en tape! Je ne me fais pas de soucis pour MDS, il saura retomber sur ses pattes. Ce que je déplore à travers ce post, c’est:
    1- l’uniformisation galopante des musiques actuelles (electro, r’n’b, hip hop, rock) diffusées à grands renforts de plan marketing par les médias populaires (Fun Radio, NRJ, Skyrock.. R Nova c’est top mec, mais ce n’est pas ce qu’écoute la majorité des français)
    2- par extension, l’attitude déplorable des majors qui préfèrent s’attaquer aux petites gens qui téléchargent ou aux blogs (!) qui font la promo gratuite de leurs artistes plutôt que de trouver des solutions à la problématique du coût (exorbitant) d’un CD ou de la (juste) rémunération des artistes
    3- le manque de créativité et de dynamisme de la nuit parisienne en particulier

    Et je cite mon ami Jérémie du blog masoiree.blogspot.com qui résume assez bien la situation

    ” On critique le manque de lieux mais on peine à remplir ceux qui existent. On déplore le manque d’innovation mais on reste posé, balai dans le cul à critiquer le set du DJ. On refuse le branché et on dédaigne le ringard. Et pendant ce temps on oublie ce pour quoi on est sorti. De s’amuser. Les parisiens sortent mal et les touristes s’emmerdent. C’est pas un nouveau lieu qui nous manque. C’est une nouvelle dynamique qui ne nous fasse pas regretter ne pas être à Londres ou Berlin la nuit tombée”

  6. Madein1985 Says:

    Ouais enfin tout ça c’est un peu de la branlette mentale.
    C’est pas uniquement en France qu’on trouve ces problèmes. Les gens de partout ont toujours la critique facile mais pour se bouger le cul c’est sur c’est plus compliqué.

    Tres honnetement Phantomas je pense à la fois pareil que toi sur les radios et la soupe qu’on nous serre quotidiennenement (je n’expliquerai jamais comment DJ hassan ou DJ milouze arrive à se faire de la tune avec des morceaux aussi naze) et qu’on uniformise tout.

    Apres je suis pas daccord sur le fait qu’il n’y ait pas de dénicheur de talents. Il y en a un paquet justement pour se faire entendre.
    Et ensuite sur les majors c’est normal qu’elles s’attaquent à plus faible qu’elles et qu’elles veulent conserver leurs profits.
    On pourrait en faire un mémoire de l’etat des lieux de la musique en ce moment. Ca bouge tellement et ca pose tellement d’interrogations.

    Mais je suis un peu comme Maxime faut pas être aussi pessimiste, l’electro se porte plus très bien en France. Soyons content.

  7. Un débat intarissable que tu viens de lancer. J’aurais tendance à te dire de venir par ici en province pour constater par toi même les dégâts sur la musique et dans une plus large mesure sur la culture.

    Nous n’avons plus de club, que des discothèques type Macumba club…Ah si, peut-être quelques irrésistibles qu’on affaibli un peu plus chaque année et qui vont finir par disparaître si ils continuent sur cette voie…nos martyres. Mais une fois qu’ils ne seront plus là, on fait quoi ? On va à Paris où la gangrène. Premier phénomène d’exode rural culturel !

    Chez moi, à Montpellier, dont la culture est le fer de lance, l’ouverture culturelle on la doit pour beaucoup aux pouvoirs publics. C’est un constat, je ne prône rien. Mais l’Etat ne soutient pas tout et sûrement pas les clubs. Mais ça pourrait être pire, madame ! Alors on attends les festivals d’été et on ferme sa bouche. Sérieusement ça marcherait un label public ? On a des radios, on a des chaînes TV…qu’en pensez-vous ? Et puis l’Etat se désengage de la culture, la source se tarie. Il y a 4 ans pourtant on nous avait averti de la dérive…mais encore une fois on a fermé sa bouche et on est allé bronzer.

    Oui mais ça pourrait être mieux ! On ne pense pas à considérer la rébellion pour la culture, pour la musique, descendre dans la rue, jeter des pavés, paralyser une ville, un pays pour la musique. Alors cap’ ou pas cap’ ?

    Et à côté de ça, y’en a qui sont jury à « La nouvelles star » où qui laissent leur fils la faire. Et là on ne sait pas bien si c’est un acte de traîtrise ou si c’est bien parce que ça va amener les gens à lire Rock &Folk et Jazz Magazine. A chacun son mode de résistance, si s’en est un.

    En tout cas t’as raison on est dans le caca mais là où il faut être content quand même, c’est qu’il y a des gens à qui ça ne plait pas.

  8. Bon, le rebond sur le clip de Justice a eu tendance à m’énerver un peu .
    Le Paris Paris n’a jamais été mon QG, tu t’en doutes, et les sphères musicales dans lesquelles on évolue ne sont pas spécialement les mêmes . Je complète un peu le propos .
    Cette fermeture ne fait que mettre en exergue une tendance (qui a quelques années) qui est à la fermeture des lieux, à l’impossibilité de faire perdurer ces initiatives fragiles, à la mise en danger d’un accès à la musique en dehors de la “masse”.
    Il y avait eu la Générale . Il y a le Paris Paris . Il y a des lieux qui essayent de se redonner un souffle (le triptyque, la fleche d’or) et les dénicheurs sont là, toujours, mais commence à manquer de moyens et d’interlocuteurs au sein des salles de concerts .

    C’est un peu un avenir de salles de concerts sans programmateurs, en location d’espace, toutes jumelées avec une marque ou une autre cigale sfr, inrock motorola etc vers lequel on se dirige .
    et ça, c’est assez effrayant .

  9. Streetkiss Says:

    Arrête de te plaindre Phantomas…
    Et retourne à Marseille écouter massilia sound system qui chante “l’omelette au pastis” !

    Riss

  10. Phantomas Says:

    Yeah, j’adorais massilia sound system… en 1993. Aujourd’hui j’en peux plus du délire aïoli

  11. Phantomas Says:

    En tout cas que de réactions à ce post… Ça fait plaisir. La e-révolution est en marche !

  12. boucherie sociologique Says:

    “Et je cite mon ami Jérémie du blog masoiree.blogspot.com qui résume assez bien la situation

    ” On critique le manque de lieux mais on peine à remplir ceux qui existent. On déplore le manque d’innovation mais on reste posé, balai dans le cul à critiquer le set du DJ. On refuse le branché et on dédaigne le ringard. Et pendant ce temps on oublie ce pour quoi on est sorti. De s’amuser. Les parisiens sortent mal et les touristes s’emmerdent. C’est pas un nouveau lieu qui nous manque. C’est une nouvelle dynamique qui ne nous fasse pas regretter ne pas être à Londres ou Berlin la nuit tombée””

    Ton ami a raison, mais ce qu’il dit ne va pas dans le sens de ton post. Le problème vient surtout du public, qui se complait dans le lamentable “c’était mieux avant”, qui sort limite en club pour aller dire au dj qu’il est naze, qui ne va pas en boite s’il doit payer l’entrée, qui ne danse pas mais acquiesce d’un mouvement de tête, qui se fou de la gueule des gens qui dansent, qui déteste ces jeunes qui n’y connaissent rien, où ces vieux qui croient tout savoir.
    Pour moi c’est juste un problème de mentalité chez une grande partie des Parisiens.

  13. Nadaxeler Says:

    Salut à tous et bravo pour la qualité du débat.

    Hier soir, je suis allé à un afterwork au ParisParis… (points de suspensions à compléter au gré de vos réactions)

    Après un an à l’étranger (dont 6 mois à Londres) je vous assure que Jeremie (et ceux qui l’ont cité) a raison, la mentalité franco française de ne sortir que pour se montrer (i.e. pas pour consommer/écouter/se socialiser/danser, pourrit littéralement des lieux nouveaux et dévie la bonne volonté des anciens pour plonger dans le commercial (hype?…).

    Je ne sais pas si c’est la population des after works qui m’a gâché la soirée (ou les blancs du collectif de DJs “les aristochattes” (malgré leur tracklist efficace)…

    Je crois que ce nouveau genre de soirée et un exutoire des bébés managers oubliant complètement la volonté première du club: découvrir du son…
    Pour moi un club c’est un club de jazz du XXIeme siècle: c’est à dire un public qui vient pour écouter/découvrir un artiste emmener l’audience avec lui. À Paris un club ça devient la première partie des préliminaires où il faut en mettre plein les yeux aux autres. La vue est monopolisée et l’ouie n’a plus sa place première- l’inverse de Londres et des clubs de Jazz de Prague où l’on voit peu dans la pénombre…

    Cette soirée m’a donné une mauvaise impression de ce qu’étaient devenues les nuits Parisiennes, j’ai hâte de re-suivre les conseils de Phantomas et de Jeremie, car j’ai déconné de ne pas les écouter. Afterworks: on ne m’y reprendra plus !

    PS: Le physio m’a confié que le ParisParis ne fermait pas mais était forcé de faire des travaux. Il sera donc fermé de Juillet à Septembre pour ré-ouvrir ensuite. Qui croire ?…

  14. Phantomas Says:

    Merci de ta contribution au débat Nadaxeler… vu la tournure que prennent les évènements, on reviendra sur le sujet très rapidement chez FYM
    peace

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: